Les différences sociales en matière d’alimentation : toujours d’actualité ?

On pourrait penser que l’essor de la consommation de masse, avec une offre alimentaire diversifiée et accessible à tous, démocratise et uniformise les habitudes alimentaires de toute la population. Cependant, force est de constater que les différences sociales1 n’ont pas disparu. Certes, elles ont évolué mais elles se sont transformées et parfois inversées.


Le budget de l’alimentation

Tout d’abord, la différence sociale en matière d’alimentation concerne le poids de l’alimentation dans le budget des ménages.
Selon une étude de l’INSEE2, les 20 % de ménages les plus modestes consacraient, en 2011, 19 % de leur budget à l’alimentation, tandis que pour les 20 % les plus aisés, cette part n’était que de 14 %.
Ainsi, les Français déclarent dépenser en moyenne 396 euros par mois pour l’alimentation alors que les foyers les plus modestes ne dépensent que 222 euros3.


Les aliments consommés

 

Si les fruits et légumes, les poissons et les féculents restent des marqueurs de différenciation sociale, la donne a changé pour le vin et la viande.
En effet, les personnes plus modestes consomment moins de fruits et légumes que les plus riches comme le montre l’enquête CCAF du Crédoc4 de 2007 qui met en avant que les différences de quantités consommées entre les cadres et les ouvriers sont de 44 g de fruits par jour et 24 g pour les légumes.
Les pommes de terre et le riz restent très consommés par les classes populaires : les ouvriers consomment 67 g de pommes de terre par jour en moyenne contre 46 g/j pour les cadres et 7 kg de riz par an contre 4 kg pour les plus aisés.

Paradoxalement, on observe certains revirements de situation et notamment pour le vin dont la consommation était fortement ouvrière au début du XXe siècle alors qu’aujourd’hui, 61 % des cadres en consomment régulièrement. Les ouvriers sont quant à eux plus souvent consommateurs de bière.

Par ailleurs, la tendance s’est inversée pour la consommation de viande : habituellement très consommée par les groupes aisés, elle s’est démocratisée de telle manière que les ouvriers consomment près de 137 g de viande par jour contre 112 g/j pour les cadres (CCAF 2007). On constate également une différence dans le type de viandes consommées : bœuf, porc et charcuteries chez les plus modestes.
De plus, certains aliments nutritionnellement riches en calories, lipides et sucres sont beaucoup consommés par la population moins aisée (CCAF 2007) : boissons sucrées, sandwichs, pizzas, quiches et viennoiseries.


Quelles évolutions ?

Le processus qui drive ces changements est la diffusion des goûts et des pratiques du haut de l’échelle sociale vers le bas. De nombreuses études mettent en avant les différences de représentations et de pratiques entre différents groupes de population. Par exemple, le laboratoire Alimentation et Sciences sociales (ALISS) de l’INRA a montré que « bien nourrir son enfant » signifiait « proposer des aliments sains » pour les plus aisés et « proposer en abondance des aliments nourrissants » pour la partie de la population modeste.
Plus globalement, l’ascension sociale se traduit par l’adoption des normes du groupe auquel les individus cherchent à appartenir.
Bien que des changements profonds aient été conduits, la consommation alimentaire reste conditionnée à l’appartenance à une catégorie sociale et à un niveau de revenu : l’aspect économique continuera d’être un marqueur social de premier plan.

Pour plus d’informations, consultez l’analyse du Centre d’Etudes et de prospective n°64 « Les différences sociales en matière d’alimentation »

1 Précision de l’étude : « Cette note porte sur les différences sociales en matière d’alimentation et non sur les inégalités sociales : l’objectif est d’observer les écarts qui existent entre catégories socioprofessionnelles ou niveaux de revenu, sans porter de jugement sur le caractère subi ou injuste de ces écarts, ni sur l’opportunité de les réduire.
2 INSEE, 2013, « Les comportements de consommation  n 2011 », Insee Première n° 1458, http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=i p1458
3 Les Français et leur budget dédié à l’alimentation, Le Sofinscope – Baromètre OpinionWay pour SOFINCO, enquête réalisée en mars 2013.
4 Hébel P. (dir), 2012, Comportements et consommations alimentaires en France, Paris, Lavoisier.

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