La nutrition, alliée dans la prise en charge thérapeutique des patients atteints de cancer

« La prise en charge nutritionnelle est un soin de support pour favoriser la faisabilité et optimiser le bénéfice des traitements »

C’est à partir de ce constat, formulé par le Dr Philippe Pouillart, de l’Institut Lasalle Beauvais, que les échanges et les présentations se sont engagés le 24 novembre dernier entre la vingtaine de participants et nos deux experts, en l’occurrence Mme Anne-Sophie PARMENTIER, Diététicienne au Centre Oscar Lambret et le Dr Philippe POUILLART, Enseignant Chercheur en Immunopharmacologie et Cuisine Thérapeutique au Département des Sciences de la Nutrition et Santé de l’Institut Polytechnique LaSalle Beauvais.

Il est reconnu par la communauté scientifique et clinique qu’un état nutritionnel optimal chez le patient cancéreux est crucial sur le pronostic de guérison. Une alimentation adaptée devient un outil incontournable aux côtés des soins thérapeutiques. Les symptômes de la maladie et les effets secondaires des traitements handicapent le malade dans son quotidien alimentaire et restreignent son espace du mangeable. Parce que la nutrition apparait comme un soin de support, la restauration dans les services de soins en oncologie devient interventionniste. L’enjeu concerne toute la chaine d’approvisionnement en restauration santé.

Mme Anne-Sophie PARMENTIER, a présenté la stratégie de prise en charge nutritionnelle des patients en oncologie.
Le risque en cas de cancer est la dénutrition du patient souvent causée par une perte d’appétit due à la maladie et ses complications, aux traitements lourds, à la polymédication, aux modifications de la perception des goûts… De plus, après la chirurgie, la chimiothérapie et/ou la radiothérapie les besoins en protéines, calories, vitamines et minéraux sont largement augmentés !

Pour les personnels de soin il est primordial de pouvoir détecter la dénutrition car elle a des conséquences délétères : augmentation de la toxicité des traitements, augmentation des complications (infections, difficultés de cicatrisation…) voire même l’interruption des traitements. Des études ont montré de 5 à 25% des décès étaient directement dus à la dénutrition. Des signes cliniques et des tests peuvent aider au diagnostic.

Une fois la dénutrition avérée, une prise en charge nutritionnelle spécifique peut être mise en place.
Elle doit s’adapter aux goûts du patient mais également à leurs troubles physiologiques (sécheresse buccale, vomissements, diarrhées…) et leurs handicaps liés à la maladie (impossibilité de mastiquer, de déglutir…). La prise en charge peut se faire par :

  • enrichissement alimentaire
  • supplémentation orale
  • prise en charge entérale
  • nutrition parentérale

Des solutions nutritionnelles existent en supplémentation orale ou pour les prises en charge entérale et parentérale mais elles gagneraient à être améliorées d’un point de vue organoleptique.

Le Dr Philippe POUILLART, a quant à lui, mis en lumière le rôle de l’ensemble des acteurs de la restauration santé dans l’amélioration de l’offre alimentaire pour les personnes atteintes de cancer.

Dans le cadre du programme de recherche translationnelle NEODIA, LaSalle Beauvais travaille depuis 2010 avec des malades (197 enquêtés), des centres hospitaliers, des chefs cuisiniers, des ingénieurs de la restauration et des professionnels de la restauration intervenant en oncologie (offre directe, concédée, et solutions agroalimentaires prêtes à l’emploi).

L’étude NEODIA a pour objectif de comprendre les modifications dans la perception des aliments et proposer des solutions pour optimiser les apports nutritionnels par des apports alimentaires oraux normaux.
Le projet a débuté par une enquête auprès de 197 patients pour identifier les symptômes mineurs ou invalidants et leur incidence sur les habitudes alimentaires et culinaires au quotidien. Les résultats montrent que les traitements du cancer impactent l’autonomie culinaire : hypersensibilité aux odeurs, mauvais goûts en bouche, sensibilité accrue à certains types d’aliments… Cela change radicalement les comportements d’achat et les perceptions des aliments. L’étude a permis de recenser la modification des préférences alimentaires sur plus de 200 produits (charcuterie, fromages, œufs, pain, chocolat, soda….).

Un groupe de patients s’est ensuite constitué pour tester, au sein de la cuisine pédagogique installée à l’Institut Polytechnique LaSalle Beauvais, différentes solutions culinaires. Ainsi 150 recettes et des techniques culinaires spécifiques ont été élaborées pour pallier à chaque type de désagréments rencontrés par les malades lorsqu’ils cuisinent ou lorsqu’ils mangent. De plus, une liste d’ingrédients (plantes et épices) atténuant les effets secondaires liés aux traitements anticancéreux a été créée et validée par les patients eux-mêmes.

L’ensemble de ces données et astuces issues du projet de recherche sont disponibles sur le site http://vite-fait-bienfaits.fr. De nombreuses communications sont faites dans la presse, lors de salons professionnels pour valoriser ces résultats.

Cet atelier riche en échanges a permis aux participants de développer leurs connaissances dans le domaine de la nutrition adaptée pour les patients atteints de cancer et d’envisager de nouvelles pistes d’élaboration de produits.

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