Sur la « vague » de SURFING : le projet ECODIGE explore le potentiel santé des flores fromagères

Après l’étude des propriétés inflammatoires de certains produits laitiers dans l’ANR Surfing, place à la recherche sur les flores d’affinage…

Parallèlement au projet ANR Surfing (cf article de présentation dans la newsletter) une approche complémentaire s’est intéressée aux flores complexes d’affinages réalisées par les consortiums microbiens que représentent ces écosystèmes fromagers. Ces travaux ont été financés par le CNIEL (Centre national interprofessionnel de l’économie laitière), en réponse à un appel d’offre Syndifrais (aide 145 K€), intégrant également une thèse de doctorat. ECODIGE est un programme de recherche porté conjointement par l’unité GMPA de l’INRA de Grignon (P. Bonnarme) et le laboratoire BLIM, du Centre d’Infection et d’Immunité de Lille, à l’Institut Pasteur de Lille (B. Foligné).

Débuté en janvier 2012 pour 3 ans, ce projet doit atteindre deux objectifs principaux: d’une part, évaluer les propriétés anti-inflammatoires d’un large éventail de microorganismes représentatifs des principales espèces qui constituent les flores fromagères d’affinage (bactéries du genre Arthrobacter, Corynebacterium, Hafnia, brevibacterium, levures Geotrichum, Kluyveromyces, Debaryomyces, des champignons filamenteux de type Penicillium camembertii) et d’autre part, déterminer si un produit fromager est capable d’exercer une action pro- ou anti inflammatoire au niveau digestif, par des approches in vitro et pré-cliniques (modèles animaux de colites expérimentales).
En effet, la multiplicité des différents motifs microbiens (protéines de surface, peptidoglycanes, exopolysaccharides, mannans, …° sont autant d’éléments potentiellement immunomodulateurs ou immunostimulants.

Pour ce second objectif, les souches microbiennes précédemment criblées seront mises en œuvre en association pour fabriquer des fromages modèles, puis ces fabrications seront digérées dans un « digesteur gastro-intestinal». Ce dispositif permet de simuler le parcours des aliments dans les compartiments digestifs successifs (estomac, duodénum, intestin). On peut y prélever des échantillons dans les différents compartiments, pour mesurer des paramètres comme par exemple la survie des micro-organismes et leurs activités. Ce programme devrait permettre de révéler la biodiversité des flores fromagères en matière d’activité anti inflammatoire, mais aussi de mettre en évidence le rôle protecteur de la matrice fromagère sur ces micro-organismes et leurs activités vis-à-vis des stress digestifs.

Outre le screening immunomodulateur de ces souches “peu conventionnelles” dans le champ d’application des probiotiques, l’enjeu n’’est pas ici de mettre sur le marché des fromages « médicaments » mais plutôt d’offrir des aides à la décision dans le conseil nutritionnel adressés aux populations « à risques » :
Un patient atteint de la maladie de Crohn, qu’il soit en période de poussées inflammatoires ou en phase de rémission, peut-il consommer des fromages apportant jusqu’à 10E 9 microorganismes variés par gramme en toute sérénité ? Si oui, peut-on orienter le choix du consommateur vers un type de fromage particulier plutôt qu’un autre ? sélectionné sur la base des flores associées ou encore proposer un « design » à façon des souches pour limiter le potentiel immunostimulant du produit fini ?

De la recherche appliquée … pour « alimenter » des problématiques plus fondamentales au CIIL ?

Dans un article récent (David et al. 2014, Nature), l’impact d’aliments fermentés et de la flore fongique et bactérienne associée (fromages de type camembert, bleu, Cheddar, …) sur le microbiote de l’homme a clairement été démontré. Ce rôle sous-estimé de la flore “transitoire” véhiculée par l’alimentation a impact direct sur le système immunitaire de l’hôte ainsi que sur le microbiote « résident », avec par exemple la production d’acides gras volatils (à chaines courtes), qui en retour, influence l’immunité et l’homéostasie intestinale. L’influence de la matrice de ces aliments (peptides bioactives, métabolites ou composés de type amines biogènes) est également à prendre en compte dans le dialogue avec le système immunitaire inné voire adaptatif.

Le rôle du microbiote et de son dynamisme sur l’immunité des muqueuses en général, et vis-à-vis de situations pathologiques en particulier (infectieuses et inflammatoires), sont fortement considérées dans les multiples recherches développées au CIIL, sur le campus IPL. Dans ce contexte, le pôle NLS a manifesté son soutien dans plusieurs projets déposés auprès de l’ANR, adressant notamment le rôle des amines biogènes alimentaire sur l’immunité, le microbiote et la génotoxicité, avec le Dr F. Nesslany, IPL (projet MIAM : Monitoring fermented food ecosystem: for an Improved control of biogenic AMines content) ou encore l’impact des phylotypes microbiens sur les populations de cellules immunes (immunotypes) et les réponses infectieuses de pathologies digestives et respiratoires, par l’équipe de F. Trottein (projet « Perform Impossible »: PERinatal Ferments ORienting Microbiota and IMmune POpulation Specific Subsets for the control of Infectious Burden in Lung Environnement.
Plus d’infos
Benoît Foligné : benoit.foligne@ibl.cnrs.fr est Chargé de Recherche IPL au laboratoire BLIM (Bactéries Lactique & Immunité des Muqueuses, Resp. Bruno Pot), Equipe 9 du CIIL (Centre d’Infection & d’Immunité de Lille , Dir Camile Locht). Ses travaux portent également sur l’écotoxicologie digestive et le rôle des xénobiotiques (métaux lourds) sur l’homéostasie intestinale.
CIIL : u1019.lille.inserm.fr
IPL: www.pasteur-lille.fr

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